La préférence pour les garçons en Asie Centrale et dans le Caucase est un phénomène relativement récent, apparu au début des années 1990 après la chute de l’Union Soviétique. Les normes sociales favorisant les garçons au sein de la famille, combinées au développement des technologies de diagnostic prénatal et au déclin de la fécondité, ont entraîné un déséquilibre démographique important dans plusieurs pays. Le nombre de femmes manquantes dans la région serait ainsi estimé à 171 000 (FNUAP, 2015), contribuant à perpétuer les inégalités femmes-hommes et à mettre en péril la stabilité de la région.
Au début des années 1990, le Prix Nobel d’économie Amartya Sen estimait qu’il manquait environ 100 millions de femmes dans le monde en raison de traitements discriminatoires : avortements sélectifs, infanticides ou négligences expliqueraient ce déficit démographique (Sen, 1990).
En 2010, les chercheurs Nicola Jones, Caroline Harper et Carol Watson ont proposé une notion plus globale, la « préférence donnée aux garçons », prenant en compte l’ensemble des différentiels d’investissements et de soins reçus par les filles et les garçons depuis leur conception (Jones et al, 2010). Alors que les déséquilibres démographiques entre femmes et hommes concerneraient seulement certaines régions (l’Asie, le Caucase, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord), la préférence donnée aux garçons ainsi comprise serait beaucoup plus répandue.
D’après une analyse régionale de l’indicateur « Institutions Sociales et Égalité femme-homme » (Centre de développement de l’OCDE, 2015), la moitié des dix pays présentant les plus hauts niveaux de préférence pour les garçons se trouvent dans le Caucase, en Asie Centrale et en Europe de l’Est.
En Albanie, Arménie, Azerbaïdjan, ainsi que dans l’ancienne République yougoslave de Macédoine (ARYM), en Géorgie et en Ukraine, les garçons naissent en beaucoup plus grand nombre que les filles. Le ratio peut atteindre jusqu’à 1.11 en Arménie et 1.13 en Azerbaïdjan (Division des populations des Nations Unies, 2015, cité dans Centre de développement de l’OCDE, 2015).
Les préférences de fécondité semblent elles aussi favoriser les garçons. Tous les pays de la sous-région enregistrent ainsi des pourcentages beaucoup plus élevés de fils que de filles parmi les derniers enfants nés dans les familles – jusqu’à 61 % en Arménie et 60% en Azerbaïdjan (Division des populations des Nations Unies, 2015, cité dans Centre de développement de l’OCDE, 2015).
En revanche, contrairement aux autres régions touchées par le phénomène des femmes manquantes, il ne semble pas y avoir de taux anormalement élevé d’infanticides ou de mortalité infantile féminine. La sélection du sexe s’effectue avant la naissance, en ayant recours aux technologies de diagnostic prénatal. L’Azerbaïdjan aurait ainsi le deuxième taux le plus élevé d’avortements sélectifs au monde, juste derrière la Chine (Conseil des Droits de l’homme, 2014; cité dans Centre de développement de l’OCDE, 2015).
Loin de s’améliorer, le phénomène des femmes manquantes aurait tendance à s’accentuer dans la sous-région d’Asie Centrale selon le FNUAP (2015), en raison notamment du déclin continu des taux de fécondité.
En matière d’éducation, il ne semble pas y avoir de préférence marquée pour les fils jusqu’au secondaire inclus, à part au Kirghizistan et Tadjikistan. En revanche, cette préférence s’exprime plus nettement au niveau supérieur : 31% des personnes interrogées dans la sous-région jugent ainsi qu’aller à l’université est plus important pour les garçons que pour les filles (OCDE, n.d.)
La préférence pour les fils en Asie Centrale et dans le Caucase est déterminée par des facteurs multiples (OCDE, 2015 ; FNUAP, 2015) :
La plupart des pays de la sous-région se sont engagés à lutter contre la préférence pour les garçons par l’adoption des textes suivants :
Dans les faits pourtant, la mise en œuvre de ces instruments reste un défi majeur pour la plupart des pays de la sous-région. Afin d’éliminer la préférence pour les garçons en droit et en pratique, le FNUAP a formulé des recommandations aux décideurs de la sous-région, notamment:
En 2015, plusieurs ONGs présentes en Arménie (World Vision Armenia, Promundo and MenCare) ont lancé un manuel visant à engager les jeunes de 14 à 18 ans dans la transformation de normes sociales discriminatoires. À travers des séances en groupes conduites par des éducateurs, les jeunes ont été sensibilisés à des thèmes tels que la violence contre les femmes ou les avortements sélectifs. Ils ont également été formés à la conduite de campagnes de mobilisation à l’échelle locale, afin de contribuer à diffuser les valeurs de l’égalité femmes-hommes au sein de leurs communautés (OCDE, 2015).
Centre de développement de l’OCDE (2015), Europe and Central Asia, SIGI Regional Report, Editions OCDE, Paris, http://www.oecd.org/dev/development-gender/SIGI-BrochureECA-2015-web.pdf
Centre de développement de l’OCDE (2014), Social Institutions and Gender Index. 2014 Synthesis Report, Editions OCDE, Paris, www.genderindex.org/sites/default/files/docs/BrochureSIGI2015.pdf
FNUAP (2015), Preventing gender-biased sex selection in Eastern Europe and Central Asia, Issue Brief 4, Bureau regional du Fonds des Nations Unies pour la Population, Istanbul, http://www.unfpa.org/sites/default/files/resource-pdf/GBSS%20Brief_WEB.pdf
Jones, N., Harper, C. et Watson, S. (2010), Stemming girls’ chronic poverty: Catalysing development change by building just social institutions, Chronic Poverty Research Center, Manchester, .chronicpoverty.org/publications/details/stemming-girls-chronic-poverty.
OCDE (n.d), Base de données Genre, Institutions et Développement
Sen, A.K. (1990), December “More Than 100 Million Women Are Missing”, The New York Review of Books, December 20, 1990 Issue http://www.nybooks.com/articles/1990/12/20/more-than-100-million-women-are-missing/
ONU Femmes (2011), La “préférence aux garçons” perpétue la discrimination et les violations des droits des femmes – Elle peut et doit cesser, http://www.unwomen.org/fr/news/stories/2011/6/son-preference-perpetuates-discrimination-and-violations-of-women-s-rights-it-must-and-can-end#sthash.NkSHkYiS.dpuf
FNUAP – Site web (n.d.), Sélection prénatale du sexe, consulté le 4 janvier 2016, http://www.unfpa.org/fr/s%C3%A9lection-pr%C3%A9natale-du-sexe
OMS (2011), Preventing gender-biased sex selection: an interagency statement by OHCHR, UNFPA, UNICEF, UN Women and WHO, World Health Organization, Genève: http://www.unfpa.org/resources/preventing-gender-biased-sex-selection
]]>L’Asie de l’Est est l’une des régions les plus touchées par le phénomène de préférence pour les garçons. La Chine représentait à elle seule 57% des femmes manquantes dans le monde en 2010 (FNUAP, 2012). Au Vietnam, le phénomène est apparu tardivement mais a progressé rapidement dans les années 2000 (FNUAP, 2011).
Les ratios des naissances dans la région ont néanmoins tendance à être moins déséquilibrés ces dernières années (Centre de développement de l’OCDE, 2014), tandis que des réponses multisectorielles semblent émerger face à ce défi démographique et social.
Au début des années 1990, le Prix Nobel d’économie Amartya Sen estimait qu’il manquait environ 100 millions de femmes dans le monde en raison de traitements discriminatoires : avortements sélectifs, infanticides ou négligences expliqueraient ce déficit démographique (Sen, 1990).
En 2010, les chercheurs Nicola Jones, Caroline Harper et Carol Watson ont proposé une notion plus globale, la « préférence donnée aux garçons », prenant en compte l’ensemble des différentiels d’investissements et de soins reçus par les filles et les garçons depuis leur conception (Jones et al, 2010). Alors que les déséquilibres démographiques entre femmes et hommes concerneraient seulement certaines régions (l’Asie, le Caucase, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord), la préférence donnée aux garçons ainsi comprise serait beaucoup plus répandue.
L’indicateur « Institutions Sociales et Égalité femme-homme » (SIGI en anglais) élaboré par le Centre de développement de l’OCDE (2014), classe la Chine et le Vietnam parmi les pays ayant un niveau de préférence pour les garçons très élevé, même si le nombre de femmes manquantes dans la région Asie de l’Est-Pacifique aurait globalement tendance à diminuer depuis 2012. En Chine, 118 garçons naissaient pour 100 filles en 2013, contre 121 garçons pour 100 filles en 2004 (FNUAP, 2015).
La sélection du sexe semble s’effectuer principalement par le biais d’avortements sélectifs. Selon une étude réalisée par des agences de l’ONU dans les zones rurales en Chine, 36% des femmes auraient reconnu avoir recours à cette pratique (OMS, 2011).
Alors que le phénomène de sélection du sexe a commencé en Chine dès les années 1980, celui ci s’est développé beaucoup plus récemment au Vietnam. Dans ce pays, le ratio était de 106 naissances de garçons pour 100 naissances de filles en 2000, une proportion alors considérée comme normale. Il s’élevait à 111.5 en 2014, soit une augmentation rapide et significative, même si celle-ci semble moins soutenue depuis environ cinq ans (FNUAP, 2015).
En Chine, la mortalité infantile restait bien plus élevée chez les filles de moins de cinq ans que chez les garçons du même âge, d’après une étude portant sur la période 2005-2010 (FNUAP, 2012a). En revanche, le Vietnam ne semblait pas affecté par une surmortalité infantile féminine (FNUAP, 2015).
En matière d’éducation, le taux de scolarisation en primaire était de 100% pour les filles et les garçons en Chine, et il était même légèrement supérieur dans le secondaire (UNICEF, 2012, cité par SIGI-Site web). Au Vietnam, les taux d’inscription à l’école primaire et secondaire étaient légèrement inférieurs pour les filles, mais les taux de présence étaient sensiblement les mêmes pour les deux sexes (UNICEF, n.d, cité par SIGI-Site web)
La préférence pour les fils en Chine et au Vietnam est déterminée par des facteurs multiples (FNUAP, 2012a ; FNUAP, 2011 ; Jones et al, 2010) :
En Chine, des projections suggèrent que le nombre d’hommes célibataires cherchant à se marier pourrait dépasser le nombre correspondant de femmes célibataires de 60 % après 2030, et ce pour plusieurs décennies. (FNUAP, 2012).
Un tel déséquilibre démographique est susceptible d’engendrer des tensions sociales, de la violence sexuelle et une augmentation du trafic de femmes et de filles. On estime ainsi que 85 000 femmes Vietnamiennes auraient été « importées » dans des pays voisins (FNUAP, 2012b).
La Chine et le Vietnam ont tenté d’interdire les avortements sélectifs et l’identification du sexe du fœtus, mais l’expérience montre que ces mesures ne suffisent pas. Des études récentes (FNUAP, 2011 ; OMS, 2011 ; FNUAP, 2012) plaident en faveur d’une approche multi-sectorielle pour répondre au défi de la préférence pour les garçons, en particulier :
Le programme “Care for Girls” lancé en 2003 en Chine est considéré comme l’une des plus vastes initiatives jamais entreprises pour répondre au défi de la préférence pour les garçons. Le programme est fondé sur une approche multisectorielle comprenant la diffusion de messages positifs sur les filles, des incitations économiques pour les parents, des subventions au logement et à la retraite pour les familles ayant des filles, et la promotion de mariages matrilinéaires. D’abord testé comme projet pilote, le programme a ensuite été mis en œuvre dans 24 comtés, avec des effets positifs sur les ratios filles-garçons à la naissance. Certaines évaluations pointent néanmoins le manque de soutien au niveau local dans certains comtés et les contradictions avec d’autres politiques sociales en vigueur, notamment sur la terre et les droits à l’héritage (OMS, 2011).
Centre de développement de l’OCDE (2014), Social Institutions and Gender Index. 2014 Synthesis Report, Editions OCDE, Paris, www.genderindex.org/sites/default/files/docs/BrochureSIGI2015.pdf
Jones, N., Harper, C. et Watson, S. (2010), Stemming girls’ chronic poverty: Catalysing development change by building just social institutions, Chronic Poverty Research Center, Manchester, .chronicpoverty.org/publications/details/stemming-girls-chronic-poverty.
FNUAP (2015), Sex ratio at birth in Viet Nam: New evidence from the Intercensal Population and Housing Survey in 2014, UNFPA Vietnam, Hanoi, http://vietnam.unfpa.org/webdav/site/vietnam/shared/Publications%202016/SRB%20Booklet_ENG.pdf
FNUAP (2012a), Sex Imbalances at Birth: Current Trends, Consequences and Policy Implications, UNFPA Asia and the Pacific Regional Office, Bangkok, http://www.unfpa.org/publications/sex-imbalances-birth
FNUAP (2012b), Report of the International Workshop on Skewed Sex Ratios at Birth: Addressing the Issue and the Way Forward, Hanoi, Vietnam, 5-6 octobre, 2011, http://www.unfpa.org/sites/default/files/resource-pdf/Report_SexRatios_2012.pdf
FNUAP (2011), Son Preference in Viet Nam: Ancient Desires, Advancing technologies, UNFPA Vietnam, Hanoi, http://vietnam.unfpa.org/webdav/site/vietnam/shared/Publications%202011/Son%20preference%20in%20Vietnam_ENG_Final%20version%20for%20printing.pdf
OMS (2011), Preventing gender-biased sex selection: an interagency statement by OHCHR, UNFPA, UNICEF, UN Women and WHO, World Health Organization, Genève: http://www.unfpa.org/resources/preventing-gender-biased-sex-selection
Sen, A.K. (1990), December “More Than 100 Million Women Are Missing”, The New York Review of Books, December 20, 1990 Issue http://www.nybooks.com/articles/1990/12/20/more-than-100-million-women-are-missing/
Social Institutions and Gender Index – Site Web (n.d), Centre de développement de l’OCDE, consulté le 24 janvier 2016, http://www.genderindex.org/
ONU Femmes (2011), La “préférence aux garçons” perpétue la discrimination et les violations des droits des femmes – Elle peut et doit cesser, http://www.unwomen.org/fr/news/stories/2011/6/son-preference-perpetuates-discrimination-and-violations-of-women-s-rights-it-must-and-can-end#sthash.NkSHkYiS.dpuf
FNUAP – Site web (n.d.), Sélection prénatale du sexe, consulté le 4 janvier 2016, http://www.unfpa.org/fr/s%C3%A9lection-pr%C3%A9natale-du-sexe
]]>Les préférences liées à la fécondité font référence aux désirs des couples ou des individus d’avoir ou non un enfant, à l’intervalle de temps souhaité entre chaque enfant, et au nombre d’enfants considérés comme « idéal ». Ces préférences permettent d’informer les programmes de planning familial de la demande potentielle de contrôle de la fécondité au sein d’une population donnée (DHS, n.d.).
La possibilité pour les hommes et les femmes d’exercer librement ces préférences fait partie intégrante des droits reproductifs, définis comme « le droit des individus et des couples de décider sans discrimination, coercition ni violence s’ils veulent avoir des enfants, combien et quand, en ayant les informations nécessaires et les moyens adéquats pour prendre de telles décisions » (Programme d’Action de la Conférence Internationale sur la Population et le Développement, cité dans FNUAP et al, 2014).
Les préférences liées à la fécondité représentent un enjeu important pour le développement.
En termes de santé publique, l’espacement des naissances permet notamment de réduire la mortalité infantile. La contraception évite aux femmes les grossesses non-désirées et donc les avortements qui peuvent être réalisés dans des conditions risquées pour leur santé. La possibilité d’éviter les grossesses trop précoces ou trop tardives limite quant à elle les risques sanitaires pour la mère et l’enfant (DHS, 2014 ; FNUAP et Institut Guttmacher, 2014).
Les bénéfices économiques du planning familial ont également été démontrés. Des études réalisées dans des régions pauvres du Ghana et du Bangladesh soulignent que le recours à la contraception a permis aux femmes d’augmenter leurs revenus et leur participation au marché du travail. Le contrôle de la fécondité engendrerait en outre une « dividende démographique », en diminuant la part de la population jeune et dépendante financièrement au profit de la population en âge de travailler (FNUAP et Institut Guttmacher, 2014).
L’indicateur « Institutions Sociales et Égalité femme-homme » (SIGI en anglais) élaboré par le Centre de développement de l’OCDE à partir de données collectées dans 160 pays, intègre parmi les différentes variables prises en comptes le taux de femmes n’ayant pas accès à la contraception alors qu’elles en avaient besoin (Centre de Développement de l’OCDE, 2014, à partir de données compilées par l’UNICEF, l’OMS et le programme d’enquêtes démographiques et sanitaires).).
Dans les pays en développement, on estime que la moitié des femmes en âge de procréer souhaitent éviter une grossesse, mais un quart d’entre elles, soit 225 millions, n’ont pas recours à une méthode contraceptive efficace (FNUAP et Institut Guttmacher, 2014).
Les disparités régionales sont importantes. En Asie du Sud, on note une augmentation du recours à la contraception (par 57% des femmes âgées de 15 à 49 ans) et un déclin des besoins non-pourvus en planning familial (de 21% en 1990 à 14% en 2012), même si les zones rurales restent à l’écart de ces progrès (Centre de développement de l’OCDE, 2014).
En Amérique Latine, 12% des femmes mariées n’ont pas accès au planning familial alors qu’elles en ont besoin, reflétant leur faible capacité de décision au sein de la famille (Centre de développement de l’OCDE, 2014).
En Afrique de l’Ouest et en Afrique Centrale, l’accès à la contraception moderne reste rare. De nombreux pays d’Afrique sub-saharienne, dont l’Ethiopie, le Madagascar, le Malawi ou le Rwanda, ont toutefois mis en place d’ambitieuses politiques de planning familial, permettant des avancées importantes (FNUAP et Institut Guttmacher, 2014).
Dans les pays de l’OCDE, les besoins en planning familial sont largement pourvus par les contraceptifs modernes, avec une moyenne de 78%, même si certains pays tels que la Grèce ou la Turquie ou la Pologne sont à des niveaux plus bas (Fabic, M. et al, 2014, citant des chiffres de la Division des Populations des Nations Unies, 2013).
Pour soutenir les droits des femmes à faire librement leurs choix en matière de fécondité, un partenariat global associant Etats, organisations internationales et société civile a été mis en place en 2012 sous la plateforme « Planning Familial 2020 » » hébergée par la Fondation des Nations. L’idée est de permettre à 120 millions de femmes d’avoir accès à la contraception d’ici 2020, en se concentrant en particulier sur la mise en place de politiques publiques et de financement appropriés, la qualité de la prestation de services et la levée des barrières socio-culturelles empêchant les femmes d’y accéder (Planning Familial 2020, n.d.).
Parmi les principes devant guider les services, la plateforme Planning Familial 2020 recommande que ceux-ci soient :
Centre de Développement de l’OCDE (2014), Social Institutions and Gender Index. 2014 Synthesis Report, Editions OCDE, Paris, www.genderindex.org/sites/default/files/docs/BrochureSIGI2015.pdf.
FNUAP et Institut Guttmacher (2014), Adding It Up 2014, The Costs and Benefits of Investing in Sexual and Reproductive Health, New York: Guttmacher Institute http://www.unfpa.org/sites/default/files/pub-pdf/Adding%20It%20Up-Final-11.18.14.pdf
FNUAP, Institut Danois des Droits de l’Homme et Bureau du Haut Commissiariat aux droits de l’homme (2014), Reproductive Rights are Human Rights – A Handbook for National Human Rights Institutions, New York : Nations Unies http://www.unfpa.org/publications/reproductive-rights-are-human-rights#sthash.fqQVcqcj.dpuf
USAID (2014), “Unmet Need for Family Planning among Young Women: Levels and Trends”, DHS Comparative Reports No.34, February 2014, http://dhsprogram.com/pubs/pdf/CR34/CR34.pdf
The DHS Program (n.d.), “Fertility and Fertility Preferences”, site web consulté le 15 janvier 2016, http://dhsprogram.com/topics/Fertility-and-Fertility-Preferences.cfm
Planning Familial 2020 (n.d.), «About us », site web consulté le 15 janvier 2016, http://www.familyplanning2020.org/about
Fabic, M. et al. (2014), Meeting demand for family planning within a generation: the post-2015 agenda, The Lancet, Volume 385, Issue 9981, 1928 – 1931, février 2014, https://www.usaid.gov/sites/default/files/documents/1864/MeetingFPwithinGeneration.pdf
Alkema, L. et al. (2013), National, regional and global rates and trends in contraceptive prevalence and unmet need for family planning between 1990 and 2015: a systematic and comprehensive analysis. The Lancet. Vol. 381, Issue 9878, pp. 1642–1652, ww.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736%2812%2962204-1/abstract
United Nations, Department of Economic and Social Affairs, Population Division (2015), Model-based Estimates and Projections of Family Planning Indicators 2015. New York: United Nations, http://www.un.org/en/development/desa/population/theme/family-planning/cp_model.shtml
]]>Au début des années 1990, le Prix Nobel d’économie Amartya Sen estimait qu’il manquait environ 100 millions de femmes dans le monde en raison de traitements discriminatoires : avortements sélectifs, infanticides ou négligence expliqueraient ce déficit démographique (Sen, 1990).
En 2010, les chercheurs Nicola Jones, Caroline Harper et Carol Watson ont proposé une notion plus globale, la « préférence donnée aux garçons », prenant en compte l’ensemble des différentiels d’investissements et de soins reçus par les filles et les garçons depuis leur conception (Jones et al, 2010). Alors que les déséquilibres démographiques entre femmes et hommes concerneraient seulement certaines régions (l’Asie, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord), la préférence donnée aux garçons ainsi comprise serait beaucoup plus répandue.
Parmi les différentes tentatives de mesures de la préférence pour les garçons, l’indicateur « Institutions Sociales et Égalité femme-homme » (SIGI en anglais) élaboré par le Centre de développement de l’OCDE (2014), place l’Asie du Sud parmi les régions comptant les plus hauts niveaux de discriminations en la matière (SIGI – Site web). Ce classement est corroboré par d’autres études (voir par exemple FNUAP, 2012).
Tout comme l’Asie du Sud, l’Est Asiatique et le Pacifique, le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord font également partie des régions présentant une forte prévalence de préférence pour les garçons. En Afrique sub-saharienne en revanche, cette préférence reste subjective et ne se traduit pas dans les ratios démographiques, alors que l’Amérique Latine et les Caraïbes exprimeraient une préférence pour les filles (Jones et Al, 2010).
Sur les 90 millions de femmes manquantes dénombrées dans le monde, l’Inde en compterait à elle seule près de 43 millions (selon des chiffres du PNUD datant de 2008). Loin de s’améliorer, le phénomène serait au contraire en train de s’amplifier, en particulier au sein des classes moyennes. Le nombre d’avortements sélectifs aurait augmenté au cours des deux dernières décennies, représentant un total estimé entre 4 et 12 millions entre 1980 et 2010 (SIGI – Site web; Jha P. et al, 2011).
Les femmes manquantes sont également un sujet de préoccupation dans d’autres pays de la région, notamment l’Afghanistan. Une étude datant de 2003 estimait à l’époque le nombre de femmes manquantes dans ce pays à un million, soit la part la plus élevée au monde (SIGI – Site web).
Le Népal ne semble pas particulièrement touché par le phénomène des femmes manquantes, mais le pourcentage de garçons (61%) chez les derniers enfants compte parmi les plus forts au monde (SIGI – Site web).
En termes d’accès à la santé et à l’éducation, la préférence pour les garçons est également manifeste dans la région. Le taux de vaccination des filles de moins de 2 ans s’élevait à 41.5% en Inde en 2006-2007, contre 45.3% pour les garçons. Les taux de mortalité des filles de moins de cinq ans étaient également supérieurs de près de 10 point à ceux des garçons. Enfin les garçons étaient plus susceptibles de recevoir une éducation primaire et secondaire que les filles (SIGI – Site web).
En Asie du Sud, la préférence pour les fils est déterminée par des facteurs multiples :
Dans un pays comme l’Inde, des projections suggèrent que le nombre d’hommes célibataires cherchant à se marier pourrait dépasser le nombre correspondant de femmes célibataires de 50 à 60 % après 2030, et ce pour plusieurs décennies. (FNUAP, 2012). Un tel déséquilibre démographique est susceptible d’engendrer des tensions sociales, de la violence sexuelle et une augmentation du trafic de femmes et de filles.
Les efforts entrepris par les pays d’Asie du Sud pour répondre au problème de la préférence pour les garçons démontrent que les réformes juridiques ne sont pas suffisantes. Pour être efficaces, elles doivent être accompagnées par des actions de plaidoyer ainsi que d’autres mesures plus globales en faveur de l’émancipation des femmes et des filles. L’exemple indien illustre la nécessaire complémentarité des approches :
Centre de développement de l’OCDE (2014), Social Institutions and Gender Index. 2014 Synthesis Report, Editions OCDE, Paris, www.genderindex.org/sites/default/files/docs/BrochureSIGI2015.pdf
FNUAP (2013), Laws and Son Preference in India: A Reality Check, Fonds des Nations Unies pour la Population, New Dehli, http://countryoffice.unfpa.org/india/drive/LawsandSonPreferenceinIndia.pdf
FNUAP (2012), Sex Imbalances at Birth: Current Trends, Consequences and Policy Implications, UNFPA Asia and the Pacific Regional Office, Bangkok, http://www.unfpa.org/publications/sex-imbalances-birth
Jones, N., Harper, C. et Watson, S. (2010), Stemming girls’ chronic poverty: Catalysing development change by building just social institutions, Chronic Poverty Research Center, Manchester, .chronicpoverty.org/publications/details/stemming-girls-chronic-poverty.
Sen, A.K. (1990), December “More Than 100 Million Women Are Missing”, The New York Review of Books, December 20, 1990 Issue http://www.nybooks.com/articles/1990/12/20/more-than-100-million-women-are-missing/
Jha, P et al (2011), Trends in selective abortions of girls in India: analysis of nationally representative birth histories from 1990 to 2005 and census data from 1991 to 2011, The Lancet, publié en ligne le 24 mai 2011, https://www.unfpa.org/sites/default/files/resource-pdf/UNFPA_Publication-39857.pdf
Social Institutions and Gender Index – Site Web (n.d), Centre de développement de l’OCDE, consulté le 24 janvier 2016, http://www.genderindex.org/
Beng, K.K., Ganapathy, N., Yee, T.H. (2015), “Asia’s gender imbalance “, The Straight Times, 8 juillet 2015, http://www.straitstimes.com/asia/south-asia/asias-gender-imbalance
ONU Femmes (2011), La “préférence aux garçons” perpétue la discrimination et les violations des droits des femmes – Elle peut et doit cesser, http://www.unwomen.org/fr/news/stories/2011/6/son-preference-perpetuates-discrimination-and-violations-of-women-s-rights-it-must-and-can-end#sthash.NkSHkYiS.dpuf
FNUAP – Site web (n.d.), Sélection pré-natale du sexe, consulté le 4 janvier 2016, http://www.unfpa.org/fr/s%C3%A9lection-pr%C3%A9natale-du-sexe
OMS (2011), Preventing gender-biased sex selection: an interagency statement by OHCHR, UNFPA, UNICEF, UN Women and WHO, World Health Organization, Genève: http://www.unfpa.org/resources/preventing-gender-biased-sex-selection
]]>La notion de « femmes manquantes » a été inventée par l’économiste indien Amartya Sen, dans un article paru en 1992, pour désigner le déficit démographique existant entre les hommes et les femmes en Asie du Sud. Cette disparité est due à des avortements sélectifs, à des infanticides, des abandons et des mauvais traitements, lorsque l’enfant né ou à naître est une fille. [1]
Ces pratiques sont ancrées au nom de préjugés liés à l’honneur, de croyances religieuses et de calculs économiques qui font des garçons un investissement pour l’avenir et des filles une charge. [2] Pour cet ensemble de raisons, il paraît plus avantageux aux familles les plus démunies d’avoir des garçons, et certaines d’entre elles vont jusqu’à se séparer de leurs filles. [3]
Le phénomène des femmes manquantes est particulièrement développé en Asie du Sud, en Chine et en Inde. Selon les estimations de l’ONG Visions du Monde, il y aurait 39 millions de femmes manquantes en Inde et ce chiffre attendrait 163 millions pour l’ensemble de l’Asie. En Chine, la politique de l’enfant unique a longtemps accentué ce phénomène. [3]
En 1994, l’Inde a adopté une législation interdisant la pratique des échographies uniquement pour connaître le sexe du futur enfant et a rendu illégal l’interruption médicale de grossesse basée sur le sexe. Malgré l’adoption de cette loi, ces pratiques sont toujours d’actualité, le pays compte un grand nombre de cliniques qui ne respectent pas la loi de 1994. En 2006, un médecin et son assistant ont été condamnés à deux ans de prison pour avoir révélé le sexe d’un fœtus à une femme enceinte, première condamnation de ce type en Inde. [4]
Selon Amartya Sen, l’éducation et l’autonomisation économique des femmes contribuerait à la baisse du phénomène des femmes manquantes, par la réduction des violences faites aux filles et la baisse du taux de fécondité. Le Bangladesh a vu le taux de fécondité des femmes diminuer de 7 à 2,2 enfants par femme. En Inde, la démocratisation de l’éducation des filles a également permis une baisse significative du taux de fécondité des femmes. [5]
France Culture, « Les femmes manquantes d’Asie du Sud », 4 octobre 2013, http://www.franceculture.fr/emission-l-hebdo-des-idees-les-femmes-manquantes-d-asie-du-sud-2013-10-04
Naila Kabeer, « Le « déficit de filles » en Asie du Sud » (vidéo), Centre de recherches pour le développement international (CRDI), 2011, http://www.observaction.org/violences-de-genre/naila-kabeer-le-deficit-de-filles-en-asie-du-sud/
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