À propos de l’état actuel de la recherche concernant les liens existants entre masculinités, normes sociales, et acceptation de la violence basée sur le genre, en m’inspirant des recherches qualitatives que je viens de réaliser en Août 2016 avec l’appui technique et financier du Centre de développement de l’OCDE, je peux affirmer que les normes sociales consacrent les violences à l’égard des femmes comme quelque chose de normal au Burkina Faso en dépit de l’existence de la loi N°061-2015/CNT portant prévention, répression et réparation des violences à l’égard des femmes et prise en charge des victimes. En effet, au regard des traditions ancestrales ou encore des coutumes, la femme est une partie intégrante des biens de l’homme. Dans cet esprit, il a droit de vie et de mort sur elle sans recours possible, sinon les dispositions juridiques modernes pour la délivrer d’un tel joug socioculturel. Ainsi, lorsqu’une femme est battue ou subit d’autres types de violences, elle a non seulement honte d’en parler et préfère dissimuler ses souffrances en inventant quelque chose qui n’a rien à voir avec ce qui lui est arrivé, mais aussi et surtout n’ose pas porter plainte au risque d’être exclu tant du côté de sa propre famille que de celle de sa belle – famille. C’est comme si en portant plainte, elle les a exposés à la société (pendant que ce type de problème demeure encore tabou), donc par son attitude à faire prévaloir ses droits, elle aura humilié les deux familles. Ce qu’elle a à faire, c’est de supporter et jouer la martyre.
Il existe des exemples d’initiatives visant à changer la perception traditionnelle de la masculinité et ayant produit des résultats positifs. J’ai déjà entendu des hommes témoigner qu’il leur arrive de jouer le rôle de leurs épouses comme chauffer l’eau très tôt le matin pour que chaque membre de la famille prenne sa douche ou encore faire la cuisine.
En ce qui concerne le planning familial auquel beaucoup d’hommes opposent de farouches résistances, j’ai suivi un documentaire qui a été réalisé au centre hospitalier régional de Tenkodogo dans la Région du Centre–Est (Burkina Faso) sur les maris modèles, c’est – à – dire ceux qui ont accepté que leurs épouses prennent des contraceptions en vue de l’espacement des naissances auquel ils ont adhéré et pour marquer la preuve de leur accord/ implication , les y accompagnent et tout se passe devant eux sous leur regard et en leur présence. Ce qui minimise les risques de crises au sein des couples à propos des produits contraceptifs.
Les gouvernements et la communauté du développement peuvent s’inspirer d’initiatives locales et les transposer au niveau national en capitalisant et en vulgarisant les bonnes pratiques, le tout accompagné de mécanisme de suivi-évaluation.
Les principaux acteurs pouvant contribuer à une évolution des mentalités sur ce sujet sont :
– Les enseignants, les communicateurs, les leaders d’opinion, des modèles d’hommes de référence reconnus pour l’exemplarité de leur vie maritale (ex : un homme qui n’a jamais insulté, ni porté la main sur sa femme) ;
– Les modules d’enseignements spécifiques à intégrer aux cours sur le civisme et la promotion des droits de la personne.
Les différents acteurs peuvent s’associer pour changer la perception traditionnelle de la masculinité, de manière à encourager les hommes à faire évoluer leurs comportements en tant que partenaires, en tant que pères mais également en tant que prestataire de services aux victimes par la promotion du dialogue au sein des couples. Dans beaucoup de cas, les hommes et les femmes vivent ensemble, partagent une vie commune, mais ne se parlent pas assez.
En dépit des sociétés à oralité à laquelle appartiennent la plupart des sociétés africaines, les hommes et les femmes ne dialoguent pas du tout sur les questions de couples. Car l’homme étant consacré comme chef partout dans toutes les communautés, c’est à lui que revient la parole en premier lieu et de la même manière, c’est à lui que revient le dernier mot. Toute tentative d’intervention, dégénère dans la plupart des cas.
Il me semble également important que beaucoup de dynamiques changeantes et en évolution soient posément expliquées aux hommes à travers des espèces de petits cercles à animer à des moments à définir (comme dans le temps où c’était dans la soirée que les jeunes et les enfants se réunissaient dans les villages au moment où ils n’avaient plus rien à faire pour faire les devinettes, se raconter des contes et légendes, etc.,). Il s’agit de canaux stratégiques à créer pour parler ouvertement de choses qui d’ordinaire relèvent de tabou. Cette idée pourrait être approfondie au besoin. Par expérience, je note que les hommes et les garçons ont besoin d’être aidés par la communication pour sortir du cercle infernal des violences à l’égard des femmes.
Il est possible de travailler avec les femmes pour encourager une évolution des perceptions de la masculinité et promouvoir des modèles de couples non-violents en développant des programmes de formation sur la connaissance de la psychologie des hommes et des femmes à l’endroit des deux sexes. De nos jours, je constate que les religions révélées qui travaillent dans le sens de l’accompagnement des couples insistent beaucoup sur cet aspect de leur engagement sur la stabilité des foyers et de la vie en couple. En effet, pour la plupart du temps les hommes et les femmes se marient, vivent ensemble, partagent leur quotidien, mais ne se connaissent pas vraiment, dans le sens de « comment savoir me gérer, tout en essayant de faire l’effort de comprendre les humeurs de l’autre et l’éviter par moment s’il le faut ? »
En somme, pour atténuer les violences à l’égard des femmes au sein des couples, il nous faut recréer des sortes d’Ecoles de la vie où on réapprend à tout un chacun un minimum de règles sur le vivre ensemble ou le vivre à deux en attendant l’arrivée des enfants.
Afin de renforcer les activités de plaidoyer autour de cette question des masculinités, au niveau international et intra-national, il faut mobiliser les associations, les ONG et leurs leaders bien formés avec des objectifs clairs issus de programmes savamment élaborés au niveau international pour organiser des séances d’animation et de conscientisation des communautés urbaines et rurales sur la problématique des violences à l’égard des femmes. Cette suggestion me rappelle encore comment sous le mot d’ordre de l’ONU le monde entier célèbre avec enthousiasme le 08 mars de chaque année la journée internationale de la femme. De nos jours, cette journée dédiée à la femme, afin de faire connaître aux yeux de l’humanité les discriminations, les divers maux dont elles sont victimes, une attention particulière leur est accordée de plus en plus par les hommes spécialement ce jour. En attaquant la question des violences domestiques dont les femmes sont victimes, il faut trouver des stratégies plus souples pour pénétrer cet espace un peu intime, très délicat et sensible du vécu des couples. Sous l’impulsion d’une institution comme ONU Femmes, une dynamique d’initiatives peut être impulsée à partir du niveau international avec des orientations en direction des pays pour des sursauts nationaux jusqu’au niveau communautaire, afin d’en finir avec ce fléau séculaire d’une autre nature qui ne dit pas son nom, à l’instar du VIH-SIDA dont la féminisation n’a fait qu’aggraver les violences à l’égard des femmes.
Face à la puissance de l’effet de l’image sur le mental, l’esprit, la psychologie, et de la parole sur l’audition, la représentation de masculinités positives et non-violentes dans les médias peut aider l’opinion à réaliser que contrairement aux idées reçues, la virilité d’un homme n’est pas liée à sa capacité à dominer sa femme, ni à la violenter. Les hommes ne sont pas toujours ce que nous croyons qu’ils sont. C’est l’identité masculine que les médias contribueront à transformer aux yeux de l’opinion. Le livre auquel je vous réfère a déjà anticipé sur le problème. (Confère l’ouvrage suivant : HERIL A., 2016, Dans la tête des hommes, Editions Payot, Paris, France, 190 pages).
]]>Une question qui nous semble également cruciale à l’OCDE est celle du suivi du financement en faveur de la mise en œuvre de l’Agenda 2030 et des engagements en matière de lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.
C’est pourquoi le réseau du Comité d’Aide au Développement (CAD) de l’OCDE sur l’égalité homme-femme (GENDERNET) a soutenu l’introduction d’un nouveau code-secteur dans le système statistique du CAD afin de mesurer avec précision les flux d’APD en faveur de la lutte contre la violence à l’égard des femmes et des filles. Les premières données seront disponibles à partir de 2017 et permettront d’améliorer le suivi des ressources dédiées à la lutte contre ce fléau et la redevabilité des donateurs.
Par ailleurs, l’OCDE s’est engagée collectivement en octobre 2016 à soutenir l’Appel à l’action pour la protection contre la violence basée sur le genre en situation d’urgence. En tant que partenaire de cet appel, l’organisation mettra ses outils en œuvre afin de promouvoir des politiques efficaces pour répondre à la violence basée sur le genre en situations d’urgence et mobilisera ses partenaires afin de combattre toutes les formes de violences faites aux femmes et aux filles.
Enfin, le CAD de l’OCDE travaille actuellement à la préparation d’un rapport sur le genre dans les États fragiles (prévu au premier semestre 2017). Ce rapport examine l’intégration de l’égalité homme-femme dans les programmes de développement menés par les donateurs dans 4 États considérés comme fragiles (République Démocratique du Congo, Éthiopie, Népal, et Bangladesh). Les premiers enseignements de cette étude offrent des enseignements intéressants concernant l’impact des représentations genrées et de la masculinité sur les dynamiques de violence et de conflit. Au titre des
initiatives prometteuses, il est possible de citer le programme Young Men’s Clubs Against Violence soutenu par la Suède en RDC, qui travaille auprès des gangs de jeunes à Kinshasa afin de déconstruire les représentations stéréotypées associées à la masculinité qui incitent les jeunes hommes à rejoindre ces groupes violents.
Merci à Keiko Nowacka de l’OCDE d’avoir abordé ce sujet. En dépit de l’intégration de la perspective du genre dans les politiques publiques et de solidarité internationale, les actions portées par de nombreux acteurs se limitent à mettre l’accent sur les femmes, sans réellement intégrer les hommes. Aujourd’hui, plus que jamais, dans un contexte international marqué par la montées des conservatismes de tout genre, remettant en question les acquis fragiles des femmes, il est urgent de travailler sur la masculinité et de mobiliser les garçons et les hommes dans la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.
La France est à l’origine, depuis 2006, avec les Pays-Bas, d’une résolution biennale de l’Assemblée générale de l’ONU sur le plaidoyer en faveur de l’élimination de toutes les formes de violence à l’égard des femmes. La résolution adoptée en 2012 a porté sur les mariages précoces et forcés, ainsi que sur les mutilations sexuelles féminines (FGM). Une nouvelle résolution a été adoptée la semaine dernière, lors de la troisième commission de la 71ème AGNU visant spécifiquement la lutte
contre la violence domestique, y compris la violence économique dans le ménage.
La France soutient plusieurs actions au plan régional et international, notamment en Afghanistan et au Proche-Orient, pour l’autonomisation des femmes et pour la sensibilisation des femmes et des hommes contre toute forme de violence. Un nouveau projet vient d’être lancé en Afrique occidentale (Sénégal, Cameroun et Togo) sur les violences de genre en milieu scolaire en partenariat avec l’UNICEF, l’UNESCO, l’ONG Plan et les ministères de l’éducation, entre autres, pour asseoir des politiques structurantes de lutte contre les violences faites aux filles et aux femmes.
La lutte contre les violences faites aux femmes est l’affaire de toutes et tous. Les actions devraient donc prévenir, protéger mais aussi sensibiliser la société entière à des valeurs non-violentes et universelles.
Il est important de tirer les enseignements de l’expérience acquise dans ce domaine. C’est pourquoi cette discussion a également vocation a mettre en lumiere un certain nombre de bonnes pratiques.
Nous aimerions donc poser aux participants les questions suivantes:
-Avez-vous des exemples d’initiatives visant à changer la perception traditionnelle de la masculinité et ayant produit des résultats positifs ?
-Comment les gouvernements et la communauté du développement peuvent-ils s’inspirer d’initiatives locales et les transposer au niveau national ?
Nous attendons avec impatience de lire vos contributions !
]]>***Mortalité maternelle:*** “L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que près de 600 000 femmes meurent d’accouchement tous les ans. La majorité de ces décès sont parfaitement évitables. Quoique les services de santé soient majoritairement contrôlés par des hommes, presque rien n’est fait pour travailler auprès d’eux en vue de réduire la mortalité maternelle et infantile. (Commission de la condition de la femme des Nations Unies, 2007)
***La paternité, l’éducation et les soins donnés aux enfants:***
Selon les statistiques mondiales les femmes consacrent en moyenne trois à quatre fois plus de temps que les hommes à la tâche d’élever les enfants, même dans les pays où le nombre de femmes qui travaillent hors du foyer est similaire ou égal au nombre des hommes (Commission de la condition de la femme des Nations Unies, 2007)
***Violence basée sur le genre***:
D’après un grand nombre d’enquêtes domiciliaires, y compris l’enquête multipays patronnée par l’OMS, une proportion de 30% a 50% des femmes dans le monde a déjà subi au moins une fois dans sa vie une agression physique de la part d’un partenaire mâle (Commission de la condition de la femme des Nations Unies, 2007 et Etude multipays sur la santé de la femme et sur la violence domestique contre la femme).
***HIV et SIDA***: Dans le contexte des relations intimes, les femmes sont moins en position de négocier l’utilisation du préservatif et sont plus sujettes à subir des expériences de coercition ou le sexe forcé. En plus, la charge des soins aux malades du SIDA et aux orphelins revient majoritairement à la femme. D’autre part, les hommes sont aussi vulnérables l’infection par le VIH du fait d’attitudes de genre qui les démotive à utiliser des préservatifs ou à passer un test de dépistage VIH (Spink, 2009), mais qui, en même temps, encouragent des relations concurrentes avec de multiples partenaires.
]]>Ceci est la première partie de notre série organisée en partenariat avec Womanity en l’honneur des 16 Jours d’Activisme contre la Violence Basée sur le Genre. Le thème de cette discussion est « Impliquer les hommes et les garçons dans la lutte contre la violence basée sur le genre ». Nous sommes ravies d’avoir à nos côtés de nombreux partenaires pour débattre de ce sujet important.
Cette discussion a pour objectif de fournir un espace de dialogue et d’échange, de mettre en avant des exemples de bonnes pratiques et d’identifier des solutions concrètes pour promouvoir une vision positive de la masculinité. Vous trouverez ci-dessus des suggestions de questions visant à orienter le débat.
Pour commencer, nous aimerions établir le contexte en vous invitant à répondre aux questions suivantes: Quel est l’état actuel de la recherche concernant les liens existants entre masculinité, normes sociales, et acceptation de la violence basée sur le genre ? Avez-vous des exemples d’initiatives visant à changer la perception traditionnelle de la masculinité et ayant produit des résultats positifs ?
Nous attendons avec impatience de lire vos contributions ! N’hésitez pas à participer au débat également via Twitter, @Wikigender:disqus avec le hashtag #EngagingMen.
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